Tout le monde se souvient des évènements tragiques du vendredi 13 Novembre 2015. Ce soir-là, une soirée étudiante était organisée par le BDE des écoles EDH (EFAP, ICART, EFJ) dans le 11ème arrondissement, à 500 mètres du Bataclan.

Photo de plusieurs membres de l'équipe du BDE BeComWild à l'EFAP
Photo d’une partie de l’équipe BeComWild à la rentrée 2015

J’ai eu la chance de faire partie de cette équipe des BeComWild (BCW), le BDE de mon école sur l’année universitaire 2015-2016. Après un week-end d’intégration réussi en début d’année, nous poursuivions sur notre lancée en organisant notre première soirée à Paris le 13 Novembre.

Vendredi 13 oblige, nous avions proposé aux étudiants un thème bien particulier pour cette soirée d’intégration : le EDH Horror show. Tout le monde était censé arriver dans sa tenue la plus effrayante, la plus sanglante. Nous nous sommes mêmes amusés à tourner un « teaser » pour la soirée. Nous étions loin de nous douter de l’ironie de ce choix de thème.

Affiche de la soirée du 13 novembre organisée par le BDE BeComWild
Affiche du EDH Horror Show

Tout a commencé pour moi lorsque j’étais en chemin vers la salle. Il s’agissait des Caves St. Sabin, rue Saint Sabin. J’étais assis dans le métro, quand j’ai reçu deux premières notifications sur mon téléphone : « Explosions aux alentours du Stade de France », « Fusillade dans le 10ème arrondissement de Paris ».

J’y prête attention, mais sans plus. A mes yeux, les explosions doivent être des pétards de supporters douteux du match France – Allemagne, et la fusillade dans Paris n’est « qu’ »un règlement de compte. C’est triste, mais ces choses arrivent et cela ne changera pas le déroulement de notre soirée.

Je reçois ensuite un premier message d’une étudiante : « La soirée est-elle maintenue ? ». La réponse me semble évidente. « Bien-sûr, ce n’est pas cet accident qui va annuler notre soirée ! » lui répondis-je, naïvement. « Moi en tout cas je ne pense plus venir, ça fait flipper ». Je prends assez mal sa réponse, je me dis que ce n’est qu’un prétexte pour ne plus venir.

Je me rapproche de la station ou je dois descendre. Je suis en retard et mon réseau est très limité alors je range mon téléphone dans mon sac. J’attire le regard des autres passagers à cause de mon déguisement tâché de faux sang et ma lentille blanche. La station République est fermée pour des raisons de sécurité. Ce détail me semble anodin mais attire tout de même mon attention, sans pour autant que je fasse le rapprochement avec la « fusillade » dont me parlait mon téléphone quelques minutes plus tôt.

Je sors enfin du métro, la salle de soirée n’est qu’à 3 minutes de marche. Je réalise enfin, dès l’instant ou j’arrive dans la rue, que la situation est bien plus inhabituelle que ce que j’imaginais. Il y a des sirènes, des lumières partout. Je croise une, deux ambulances, suivies par plusieurs voitures de police.

Immédiatement, j’ai le réflexe de prévenir ma petite amie et ma famille « C’est la merde à Paris vers là où je suis, mais je vais bien et je suis à l’abri ». Je retrouve mes amis du BDE, et tout de suite la question du maintien de la soirée est évoquée. Nous n’avons absolument pas conscience de la gravité de ce qu’il se passe : nous avons peu de réseau, et nous avons du mal à tous nous entendre. La scène est confuse. Finalement nous prenons une première décision : maintenir la soirée, en concevant qu’une partie des étudiants préfèrera ne pas venir. Nous ne l’annonçons pas encore – les étudiants attendent notre retour – car nous en discutons jusqu’à être tous d’accords. Cependant la décision fuite auprès d’une étudiante qui partage l’information : « la soirée est maintenue ! » annonce-t-elle sur le mur de l’évènement.

Quelques minutes plus tard, nous apprenions la prise d’otages au Bataclan. Immédiatement, la décision est prise à l’unanimité d’annuler la soirée. Mais lorsque nous avons envoyé le message aux étudiants, quelques-uns étaient confus par les deux informations contradictoires qui leur étaient arrivées à quelques minutes d’intervalle. Pour les étudiants déjà trop proches du lieu de la soirée pour rentrer chez eux ou ailleurs, nous leur avons proposé de s’ « abriter » avec nous dans la salle.

Les minutes passent et nous essayons d’obtenir le plus d’informations possible. Laura, la présidente de notre équipe, apprend que des amis de ses parents et leurs enfants sont parmi les otages du bataclan. Après avoir essayé de joindre le directeur de l’école et le directeur du groupe – sans succès – elle cède sous le poids de l’émotion. Le temps qu’elle se reprenne, je gère donc l’équipe et les échanges avec les étudiants. Une seule étudiante nous rejoint rue Saint-Sabin : elle était déjà presque arrivée, et elle habite en banlieue. Or, tous les transports publics sont maintenant interrompus.

J’insiste sur le fait que nous n’avions que peu de réseau. Nous n’avions que très peu d’informations et dans le quartier, les fausses informations fusaient. Nous avons à un moment entendu que les terroristes étaient sortis du Bataclan, et qu’ils étaient en cavale. Nous avons dû faire face à nos responsabilités : alors que même nos agents de sécurité se réfugiaient à l’intérieur, notre équipe se relayait pour rester dans la rue, devant la salle, pour accueillir les étudiants retardataires et coincés sur place, ou même certains passants paniqués (qui sont restés avec nous jusque tard dans la nuit).

Enfin, nous entendons un bruit sourd : nous avons compris le lendemain que c’était l’assaut des forces de l’ordre. Le calme revient très lentement au fil des heures, et un couvre-feu nous empêche de quitter les lieux. Ceux qui habitent sur Paris et qui peuvent rentrer à pied ont l’autorisation de rentrer aux environs de 2h du matin. Ne restent que 3 personnes, dont moi. Nous sommes les seuls banlieusards à ne pas avoir trouvé de solution pour la nuit aux alentours, alors nous attendons les premiers métros.

En partant de la salle, nous retrouvons du réseau, et nous découvrons l’ampleur de l’horreur. Et le bilan n’est même pas encore définitif. Je suis arrivé chez moi, épuisé physiquement et psychologiquement, vers 6h du matin. Je me suis réveillé le lendemain avec une des plus grandes gueule de bois de ma vie. Mais cette fois-ci, je la partageais avec tout Paris.