Depuis quelques mois, Facebook et son fondateur Mark Zuckerberg sont au centre de l’attention vis-à-vis de la protection des données personnelles récoltées par le réseau social. Et dans tout ce tumulte, un évènement – non sans conséquences – est passé plus ou moins inaperçu : la décision de Jan Koum, le co-fondateur de WhatsApp, de quitter Facebook. 

Et pour répondre à la question « Pourquoi ? », le Wall Street Journal a publié un article provocateur de 14 pages qui relate en détails les coulisses de « the Messy, Expensive Split Between Facebook and WhatsApp’s Founders » et qui nous invite à remettre en question la parole du PDG de Facebook, Mark Zuckerberg. 

Deux entreprises basées sur des principes très différents

Pour ceux qui l’ignorent, WhatsApp est une application mobile de messagerie instantanée. Fondée en 2009 par Jan Koum et Brian Acton, l’entreprise avait toujours exprimé une profonde aversion pour la publicité et la collecte de données. Ainsi contrairement à Facebook – dont le business model se base sur la collecte de données de ses utilisateurs pour permettre aux annonceurs l’accès à des segments précis et proposer de la publicité très ciblée – WhatsApp a toujours respecté la vie privée de ses propres utilisateurs.

Les deux entreprises étaient donc dès le début basées sur deux principes/systèmes de valeurs très différents. Et l’achat de WhatsApp en 2014 pour une somme de 22 milliard de dollars – acquisition la plus chère de Facebook à ce jour – par Facebook avait à l’époque suscité de nombreuses questions quant à la coexistence de ces deux entités. Mais Jan Koum avait tout de suite été très clair et avait rassuré ses utilisateurs dans son billet de blog « Rétablir la vérité » en promettant que WhatsApp demeurerai fidèle à ses valeurs d’origines :  

« Le respect pour votre confidentialité est ancrée dans notre ADN et nous avons créé WhatsApp avec l’objectif d’en savoir aussi peu que possible sur vous : Vous n’avez pas à nous donner votre nom et nous ne vous demandons pas votre adresse e-mail. Nous ne connaissons pas votre date d’anniversaire. Nous ne connaissons pas l’adresse de votre habitation. Nous ne savons pas où vous travaillez. Nous ne savons pas ce que vous aimez, ce que vous recherchez sur Internet ou nous ne collectons pas votre localisation GPS. Aucune de ces données n’a été collectée et stockée par WhatsApp et nous n’avons absolument pas l’intention de changer cela. (…)

Si ce partenariat avec Facebook signifiait que nous devrions changer nos valeurs, nous ne l’aurions pas fait. Au lieu de cela, nous formons un partenariat qui nous permettra de continuer à opérer indépendamment et de façon autonome. Nos valeurs fondamentales et croyances ne changeront pas. Nos principes ne changeront pas. » 

Situation amoureuse : c’est compliqué 

L’article du Wall Street Journal relate avec précisions les divers désaccords qui ont amenés au divorce des deux fondateurs de WhatsApp et de Facebook. Les deux principaux étant le désir de Mark Zuckerberg et de Sheryl Sandberg – le COO de Facebook – de rentabiliser WhatsApp en poussant l’équipe à faire preuve de flexibilité vis-à-vis de l’intégration de la publicité et du chiffrement des données. 

Pourtant le débat pour concilier vie privé, chiffrement intégral des données et la publicité n’a jamais aboutit par un accord entre les deux entreprises. Parce que Jan Actoum a toujours éprouvé de l’aversion envers la publicité. Une opinion clairement exprimé dans un billet de blog intitulé « Pourquoi nous ne vendons pas de pub » :

« De nos jours, les entreprises savent littéralement tout sur vous, vos amis, vos centres d’intérêt et elles utilisent toutes ces données pour vendre de la publicité. (…) La publicité n’est pas seulement une gêne esthétique, une insulte à votre intelligence et une interruption de votre fil de pensées. (…) Gardez en tête que lorsqu’il y a de la publicité, vous, l’utilisateur, êtes le produit. »

La chronique du Wall Street Journal parle aussi d’autres problèmes mineurs, qui ont amené à une relation passive/agressive entre les deux entreprises jusqu’à ce que la situation ne soit plus tenable pour Jan Koum et Brian Acton. Les deux fondateurs ont donc quitté Facebook avec 8 mois d’intervalle – Acton en septembre dernier – laissant derrière eux respectivement 900 millions de dollars pour le premier et 400 millions pour le second. 

Lorsque Facebook a acheté WhatsApp, Mark Zuckerberg a fait la promesse de ne pas monétiser l’application. Qu’elle fut faite aux co-fondateurs de WhatsApp ou bien au 1,2 milliards d’utilisateurs mensuels de l’application. Promesse qu’il a ensuite rompu. Il ne nous reste plus qu’à voir ce que WhatsApp va devenir maintenant qu’elle se retrouve sans défense dans les mains de Mark Zuckerberg. Et l’arrivée de la publicité ciblée – ainsi que l’acquisition de nos données personnelles – ne semble plus qu’être une question de temps.

Alors que faut-il retenir ? Alors que Facebook sort tout juste du scandale Cambridge Analytica et que
l’entreprise
ne compte pas changer son business model dans le but de mieux protéger la vie privée de ses utilisateurs, WhatsApp semble n’être qu’un exemple de plus qui démontre la réelle motivation de Mark Zuckerberg : faire de l’argent. Et non pas juste « connecter les gens entres eux » comme il le répète souvent.

Source : giphy.com