Nous sommes le mardi 14 mars, il est 18h20. Je suis à bord du métro parisien, précisément dans la Ligne 14 direction Olympiade, quand tout à coup : stop! Le métro s’arrête brutalement entre les stations Châtelet et Gare de Lyon. Le wagon s’éteint puis se rallume. Mais que ce passe-t-il ?

Saations de la ligne 14 de Saint Lazarre à Olympiades
Plan de la Ligne 14

Phase 1 : L’attente

Voilà, je vais être en retard ! Oui car je vais chercher mon copain qui arrive de Marseille à 18h23. J’aurais donc pu être, pour une fois enfin, pile à l’heure. Mais mon chat noir en a décidé autrement…

Quelques longues secondes passent, puis nous entendons une première annonce via les micros : “Vous êtes actuellement arrêtés entre les stations Châtelet et Gare de Lyon. Veuillez patienter quelques instants le temps que le trafic reprenne”. Bien sur, Monsieur du personnel de la RATP, nous le voulons bien. Quoi qu’il en soit, aucun autre choix ne se présente à nous! 1 minute, 2 minutes, 3 minutes passent et une seconde annonce, identique en tous termes à la précédente, retenti. De longs instants, donc. Voilà que certains comportements – plus ou moins étranges – apparaissent.

Phase 2 : L’incompréhension

Il est 18h27, mon téléphone sonne. C’est mon copain.

“- Où es-tu ?

– Dans le métro, on est coincé. Mais j’arrive dans pas longtemps, on va bientôt repartir je suis presque arrivée à la gare.”

Du moins, c’est ce que je croyais, à 18h27. A 18h35, l’incident technique prend une toute autre tournure. “Vous êtes actuellement arrêtés entre les stations Châtelet et Gare de Lyon. L’incident va prendre plus de temps que prévu. Veuillez patienter 15 à 20 minutes avant de repartir”. Alors, additionnons le tout en prenant 10 minutes de marge. Voilà que nous en avons pour 45 minutes. Tout va bien.

Ce changement de programme a entraîné des réactions à chaud qui m’ont bien amusé. Soufflements, baragouinages pas très compréhensibles, “attentat?” s’interrogent les plus paranoïaques,… Voilà que ceux qui sont debout (heureusement, je n’en fais pas parti!) s’asseyent par terre. A vos téléphones, prêts?, appelez ! “Ouais chéri le métro est bloqué y en a encore pour 20 minutes” “Allo, tu m’entends? Putain mais le concert de Drake va commencer je vais rater la première partie avec Nicki Minaj j’ai trop le seum!” “Oui bonsoir Monsieur Lambert je vous appelle au sujet du rendez-vous de demain, je ne pourrais malheureusement pas m’y rendre car je suis coincée dans la ligne 14 à cause d’un incident technique et le prochain train pour aller à Bordeaux est à 8h00 du matin”.

Phase 3 : L’exaspération générale

Différents masques représentants les émotions traversées
Mots d’esprits

Je ne vous l’ai pas dis jusqu’à maintenant. Je l’apprends à 19h08. Une jeune fille qui est assise en face de moi est claustrophobe. Elle tremble. Des larmes coulent de ses yeux dessinant sur son fond de teint un trait blanc distinct parsemé de noir provenant de son mascara… Enfin bref ! Je ne suis pas bien, que dois-je faire? J’envoie alors un message à mes copines Aurore et Audrey . J’anticipe la crise de panique.

“- Les filles, qu’est ce que je dois faire si quelqu’un fait un crise de panique?

-Tu dois lui parler, rassurer la personne; me répondent-elles”

Ok ! Je vais lui parler! Elle s’effondre, c’est encore pire! “Vous êtes actuellement arrêtés entre les stations Châtelet et Gare de Lyon.” (On sait c*nnard m*rde fait ch*er) “Nous envoyons un agent de maintenance pour réparer l’incident. Le trafic reprend peu à peu. D’Olympiade à Bercy les trains circulent à nouveau”. Euréka!

Il est 19h30. Entre blagues sarcastiques, colères et insultes qui fusent déjà au sujet de ce fameux agent de maintenance qui semble se faire désirer, les petits rigolos se démarquent du groupe tout comme les plus philosophes. Il y a ceux qui ont trouvé refuge sur leur smartphone; ceux qui empruntent le mien car ils sont chez Orange ou SFR et que seul Bouygues capte du réseau; ceux dont la batterie a rendu l’âme : ils se distinguent à leur expression du visage qui est simplement vide, seule une lueur de désespoir se lit dans leurs yeux. Il me vient alors l’idée géniale de lancer un jeu!

Phase 4 :  Le regroupement

Idée qui finalement n’aboutira pas. Je n’ai pas osé et puis je reçois un coup de fil d’un numéro inconnu qui interrompt ma réflexion.

“-Allo ? C’est qui?

– Oui c’est Amor j’ai plus de batterie tu en es où ? Il est bientôt 19h45 ça fait plus d’1heure que je t’attend.”

Effectivement, il est 19h43 et cela fait donc 1h20 précisément qu’il m’attend. Le pauvre! Cerise sur le gâteau ou bien pompon sur la pompon-nette : il n’a pas les clés de l’appartement et est donc contraint de m’attendre encore, sans batterie maintenant.

Tout à coup, les portes s’ouvrent! Nous nous rapprochons tous du bord, bien tentés de descendre mais tout de même un peu craintifs. “Quelqu’un vient de déclencher l’alarme ce qui a engendré l’ouverture automatique des portes. Veuillez ne pas descendre car de l’électricité circule encore sur les voies. Merci de ne plus ralentir l’intervention et de de ne plus toucher à rien”. Waouh! Mais quel culot! L’agent de maintenance n’a toujours pas pointé son nez et voilà maintenant que l’incident se prolongerai par notre faute. Un toupet qui n’a pas manqué de s’en prendre plein la figure. A l’unanimité, nous n’en pouvons plus. Tout le monde se parle maintenant, mais plus seulement de l’incident. La question qui fait débat est : que faire? Descendre du métro ou y rester bloqués peut-être encore de très longues minutes? Bien évidemment, quelques rebelles emboîtent le pas et sautent dans les tunnels ; qu’importe les éventuels risques. Bon, bon, bon. Mon légendaire positivisme me fait dire qu’au moins, je vis une expérience peu commune. “Marcher dans des tunnels, vous ne l’aviez jamais fait ?” questionnai-je les gens autour de moi. C’est là que je m’aperçois que l’humour n’est pas toujours le bienvenu dans un pareil contexte.

Phase 5 : L’évacuation

“Nous allons vous évacuer. Veuillez ne pas descendre. Un agent de service arrive à votre rencontre pour vous escorter”. Merci pour cette consigne Monsieur de la RATP mais je ne la respecterai pas. Voilà que je saute enfin. Je suis suivie par 4 ou 5 personnes de mon wagon et nous ne sommes pas les seules. Il faut aider les personnes âgées et handicapées à descendre car la “marche” entre le “quai” et le train est pour le coup très haute, je dirai environ 1 mètre 10. Pour une telle hauteur, nous n’avons même pas eu droit au fameux message sonore traduit en je ne sais combien de langues “please mind the gap, between the train and the platefrom”. Je suis un peu déçue…

Il est 20h. Nous allons parcourir une distance d’exactement 960 mètres pour atteindre la sortie de secours située à Gare de Lyon. C’est long plongés dans le noir. Oui car l’électricité a heureusement été coupée. La lampe torche de mon smartphone ne m’a jamais autant servi qu’aujourd’hui.

Distance à parcourir dans les tunnels pour arriver à Gare de Lyon
Indication de la sortie de secours

Phase 6 : La libération

Cette sensation m’a tellement pris aux tripes que j’en ai trottiné sur quelques mètres. Enfin, nous sommes sortis !

A présent le 28 mars, j’attend toujours d’être indemnisée par la RATP qui nous avait donné le jour même un formulaire à remplir puis à renvoyer sous 5 jours. Depuis, je n’ai pas repris cette fameuse Ligne 14. Non pas que ses tunnels m’ont déplu ; bien au contraire ! Mais je n’en ai pas eu l’occasion. Par contre, j’empreinte du lundi au dimanche la Ligne 13, le cauchemar de tous les parisiens. Et malgré tous les désagréments que j’y rencontre au quotidien, rien de tel ne s’y est produit. Comme quoi, le “tout automatique” a ses limites…