En 1968,  Xavier Le Pichon, fait une avancée spectaculaire en dévoilant l’un des plus grands secret de notre planète terre : la tectonique des plaques. Aujourd’hui, il nous raconte son aventure.

 

Rencontre avec Xavier Le Pichon, pionnier de la tectonique des plaques

Xavier Le Pichon, vous êtes connu pour avoir proposé le premier modèle de tectonique des plaques en 1968. Est-ce que cette découverte a eu un impact sur votre façon de vivre au quotidien ?

Pendant cette période, j’ai beaucoup beaucoup travaillé. À tel point que je passais pratiquement mes nuits sur l’ordinateur. Je commençais tôt le soir et je rentrais tôt le matin pour le petit déjeuner. Ce gros changement a duré à peu près trois mois après avoir calculé mon modèle.

Justement, quel était exactement ce modèle ?

Ce modèle s’occupait de déterminer pour la première fois tous les mouvements des plaques sur la terre, les unes par rapports aux autres. Par exemple, j’avais calculé pour la première fois que Hawaii se rapprochait de Tokyo de 8 centimètres par an. C’était la première fois que quelque chose comme cela était fait.

Votre métier vous a certainement amené à voyager régulièrement ?

Alors ça voyager… j’ai voyagé toute ma vie. Mon métier c’était océanographe, donc j’étais tout le temps sur les océans.

Aimiez-vous cela ?

Oui j’aimais beaucoup, j’adorais même. Et j’adore mon travail ! Tu sais j’adore la terre, pour moi c’est un être vivant, quelqu’un de formidable et je passe beaucoup de temps avec elle.

Si vous deviez me décrire votre meilleur souvenir de voyage ?

Alors la… j’en ai tellement ! Mais peut être un, lié à mes découvertes. La première fois où je suis descendu en sous-marin dans le centre du rift au milieu de l’Atlantique, à 3000 mètres de profondeur. C’est l’endroit où les fonds viennent de se former donc c’est un peu comme le début de la création en quelque sorte. Donc tu arrives, tu es dans le noir absolu, tu as devant toi les volcans, la lave, toutes ces bêtes des profondeurs… Et puis c’est l’impression d’être à la création du monde. Non seulement nous étions les premiers hommes à observer cela, moi et le pilote, mai j’étais surtout le premier scientifique à y aller.

Y êtes-vous retourné ?

Oui plusieurs fois, mais ce moment-là était unique.

Pouvez-vous me donner une petite anecdote ?

En 1959, dans l’Océan Indien, j’ai été confronté à un cyclone avec des vagues qui atteignaient les 27 mètres de hauteur. Il y avait un vent très fort avec un mètre d’écume. C’était prodigieux comme spectacle, un des plus beau de ma vie.

Dans le cadre du cinquantième anniversaire de la tectonique des plaques, avez-vous eu un rôle à jouer ?

Je suis intervenu dans certaines conférences parce que ça a été un événement majeur. Avant cela, on voyait la terre avec des mouvements verticaux : des montagnes qui se levaient. Puis on s’est aperçu que le mouvement était aussi perpétuel avec des continents qui s’entrechoquaient et tout ça dû à ce qui se passait dans les océans. La terre est comme une grande centrale atomique, et elle produit trop de chaleur. De fait, pour évacuer cette chaleur, les mouvements viennent jusqu’à la surface et séparent ou rapprochent les continents. En cette année-là, 1967, on a appris à mesurer ces mouvements et à les comparer aux tremblements de terre. Maintenant avec la technologie actuelle, les satellites calculent au millimètre près ces mouvements.

Istanbul, une ville vouée à disparaître

Je sais que vous êtes désormais à la retraite mais que vous continuez à travailler sur certains séismes, comme celui qui pourrait détruire Istanbul. Pouvez-vous me dire ce qui va arriver ces prochaines années ?

On sait maintenant qu’il y a des grandes cassures avec des plaques qui bougent tout le temps. Istanbul est situé sur un bloc qui comprend la Turquie et ce bloc se déplace vers l’Ouest. Plus précisément, la faille passe au Nord d’Istanbul. Nous l’avons étudiée et il y a régulièrement des gros tremblements de terre. À tel point que la faille bouge de 2,5 centimètres par an. Dans 100 ans, ça fera 2,5 mètres ! Assez pour que la terre se déforme et que tout casse d’un seul coup.

Cela veut-il dire qu’Istanbul pourrait disparaitre ?

C’est pas « pourrait », c’est sur ! Maintenant la question c’est quand ? Ça peut être maintenant, et la probabilité s’étend sur ces 20 prochaines années. Pour cela, on a beaucoup travaillé la dessus. En effet, on a mesuré et plongé en sous-marin il y a 4 ans au sud d’Istanbul pour étudier les déformations qui se créées. Comme Istanbul grandit à toute allure (15 millions d’habitants) les constructions se font n’importe comment. Dans cette situation, le problème d’un tremblement de terre c’est que ça casse tout. 

Une vocation atypique

Je sais que vous êtes quelqu’un de passionné par votre métier. Comment cela vous est-il venu ?

Depuis tout petit, lors de mon enfance au Vietnam, je regardais la mer et je me demandais ce qu’il y avait en dessous. Je me posais tout le temps des questions. En somme, fasciné par les nombres, je mesurais tout quand j’étais petit. Et aujourd’hui, pour comprendre la terre, j’ai besoin de la mesurer. Si bien que cela a joué un rôle dans ma découverte. Avant, on savait que les montagnes montaient mais on ne savait pas comment. Par conséquent, il a fallu que je dise que la montagne montait d’un centimètre par an parce que quelque chose la poussait de 3 centimètres par an dans telle ou telle direction. C’est ça la science ! Elle permet de mesurer et de prédire. Avec mon système, je pourrais dire que le fond sous Tokyo va s’enfoncer de 8 centimètres par an.

Cette découverte vous a donc beaucoup apporté ?

Je suis devenu un être passionné parce que je trouve que la vie est quelque chose d’extraordinaire et que il y a tellement de choses que l’on découvre tout le temps. La terre est pour moi une amie qui me livre ses secrets.

Merci pour toutes ces informations Xavier Le Pichon.

 

Cette découverte scientifique nous permet aujourd’hui de mieux comprendre notre planète et mieux anticiper ses mouvements. C’est une belle opportunité et nous devons en tirer avantage.